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Revue de presse

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2005 - Janvier

Marie-Claire, l'enfer pour survivre

J'ai rencontré Marie-Claire (la mineure du procès de Bobigny en 1972, événement phare de la lutte pro-avortement) samedi matin. C'est complètement hallucinant. Je vous raconte l'histoire... C'est croustillant au début et émouvant à la fin !!!! INTRODUCTION Je suis allé avec Laurence à une conférence-débat à Bobigny organisé par des pro-avortement pour des pro-avortement. C'est bien simple, la conf était le matin, et après le déjeuner il y avait un bus affrété pour emmener tout le monde à la manif des vieux. Les intervenants étaient triés sur le volet, Planning (notamment la présidente de l'époque), Ancic, députés... et Marie-Claire avec 30 ans de plus (remarque : ils avaient tous 30 ans de plus. 30 ans de trop peut être). Il devait y avoir à peu près 150 personnes (amphi à moitié plein selon les organisateurs, à moitié vide selon les autorités), moyenne d'âge : 50 ans, avec cependant un groupe d'une trentaine de jeunes de moins 15 ans (une classe contrainte à venir un samedi matin, qui somnolait tout au fond, et dont on faisait semblant de ne pas remarquer le manque de concentration). Bon je ne vous raconte pas le début, parce que je me suis levé un peu tard, mais la suite valait le lever presque matinal... Marie Claire Quand je suis arrivé, Marie-Claire a commencé son témoignage, un peu décousu mais émouvant. Elle a commencé par dire qu'on n'avorte jamais de gaîté de coeur et que pour elle ça a été très difficile. Puis elle a détaillé les complications physiques horribles de son avortement clandestin. La suite Il y a eu ensuite diverses interventions des anciens de la génération Giscard, notamment Jacqueline de Chambrun (médecin chef de la PMI, à l'initiative de la planification familiale en Seine-Saint-Denis), qui est désormais complètement sénile (peut être l'était-elle déjà d'ailleurs). Elle essayait de raconter qu'elles se marraient bien à l'époque, et lançait continuellement des petites phrases censées provoquer l'hilarité, mais personne ne comprenait vraiment ce qu'elle voulait dire vu les sourires gênés qu'on pouvait voir ça et là parmi les plus militants. A ce moment, quart d'heure question. Première question d'une vieille dame au milieu. Elle commence à remercier Marie-Claire de son témoignage très émouvant et s'est mise à expliquer d'une voix très douce que l'IVG était un sujet mettant en cause des situations très délicates, qu'il fallait être très prudent, qu'il y avait beaucoup de souffrance, qu'il ne fallait juger personne, qu'il fallait développer des solutions d'aide alternatives. Malaise dans l'assemblée. Une rumeur se propage. Avec Laurence, on se dit : "c'est bizarre quand même..." (on s'est aperçu ensuite que comme nous elle n'applaudissait pas beaucoup). L'animatrice un peu gênée décide de donner la parole aux jeunes. Comprenez la classe qui somnole. On cherche pendant plusieurs longues minutes un adolescent prêt à prendre le micro. C'est alors qu'une jeune fille de la classe prend la parole et demande "Pourquoi vous mélangez avortement et contraception ?". L'animatrice craignant de ne pas avoir bien compris se fait répéter la question, et la jeune fille s'éxécute. "C'est une question très pertinente. Justement nous allons passer au prochain intervenant" lui répond l'animatrice... Les "phrases qui tuent" Après quelques interventions dans lesquelles on a eu droit à des poncifs sur les anti-avortements comploteurs pro-peine de mort considérant que le viol n'est pas un crime, et à des petites pensées absolument saisissantes du style "nous avons droit d'avoir des "enfants de qualité, pas abimés, pas précoces" ou autre attaque en règle contre les "enfants difformes", la dirigeante du planning local s'est lâchée, se rappelant ainsi ses heures de jeunesse. Après avoir parlé d'un air entendu du "marché de l'avortement" (si ! si !), elle s'est révoltée contre ceux et celles qui parlent des souffrances de l'avortement (tout le monde pense à la vieille dame, d'autres pensent également à Marie-Claire), en réclamant qu'on "laiss[e] les femmes vivre leur avortement comme une salvation". Cela passe apparemment comme une lettre à la poste. Puis vient le deuxième temps de question. Il y a quelques "questions-témoignages" notamment celui d'une femme qui a expliqué qu'elle avait du avorter 5 fois, et qu'elle n'y pouvait rien parce qu'elle n'avait pas eu de chance avec ses moyens de contraception et que son gynéco était mauvais. Puis parole aux jeunes. Une jeune fille prend le micro. "Pourquoi vous mélangez avortement et contraception ?". Marie Claire, l'enfer pour survivre Pas de réponse à la question qui sentait trop l'ironie. Les jeunes quand même. Vient la fin de la conférence-débat, et tout le monde est invité à rejoindre le hall pour se restaurer avant le départ du car pour la manif. Je m'oriente vers le hall et picore ça et là deux trois canapés, me sentant un peu coupable de manger des victuailles qui ne m'étaient peut être pas destinées bien que j'y aie été invité. Remarquez les jeunes de la classe, tout d'un coup très éveillés, eux ne se sont pas fait prier. Mais j'en viens à l'essentiel. Je tombe sur Marie-Claire qui était en train de discuter dehors avec un homme de 55 ans et une femme de 35-40 ans. Je m'incruste dans leur discussion, et dit à Marie-Claire que j'avais été un peu gêné des propos de la dirgeante du Planning local sur l'absence de souffrance dans un avortement, d'autant qu'elle -même (Marie-Claire) avait commencé son témoignage par ça. "Il y a un tabou sur les souffrances de l'avortement et c'est assez malsain de vouloir faire l'autruche" lui dis-je. Elle me répond qu'elle avait été gênée aussi, mais qu'elle n'avait pas osé intervenir. Elle m'a ensuite livré un témoignage "off" absolument hallucinant. J'aurais voulu l'enregistrer. J'ai pris des notes après avoir pris congé, les voici brutes de décoffrage, sans commentaire : - "Pendant ces trente ans, on parlait de Marie-Claire, mais personne ne s'est demandé ce qu'elle est devenue Marie-Claire !" - "C'était l'enfer pour survivre" - "Si j'avais de l'argent, je créérais une fondation pour aider les femmes qui ont subi un avortement." - "Moi, mon avortement, j'y pense tous les jours. Aujourd'hui j'aurais un fils de 30 ans. Et pourtant c'est le fruit d'un viol." - "Toutes les femmes qui avortent, même dans des conditions confortables comme aujourd'hui, devront y penser toute leur vie" Quand les mots nous manquent... Les deux autres, silencieux jusque-là, sentaient que la pente devenait franchement glissante, et devenaient livides au-fur-et-à-mesure que la discussion avançait. La jeune femme lui demande alors : "Mais si vous avez tant souffert, c'est parce que d'autres vous ont culpabilisé ?". Marie-Claire ne lui répond pas et la regarde d'un air de dire "ma pauvre, vous n'y êtes pas du tout". Puis elle me regarde en me disant : "Et vous, qu'est-ce que vous en pensez ?". Je lui dis : "Bin moi je pense que l'avortement provoque un sentiment de libération sur le moment, mais qu'après il y a beaucoup de souffrance et qu'il ne faut pas le cacher." Elle me répond par un sourire triste et reconnaissant. L'homme de 55 ans est très mal à l'aise et cherche à se faire rassurer : "Mais aujourd'hui, au bout de trente ans, le bilan pour vous est plutôt positif ou négatif?" - "Bin cela a permis à plein de femmes d'avorter..." - "Oui, mais pour vous, personnellement ?" lui demande-t-il impatient. - "Bin c'est plutôt positif." Là-dessus on s'est quitté, il était sans doute trop tôt, ou trop tard pour oser franchir le pas. La jeune femme a suggéré de rentrer rejoindre les autres pour déjeuner. Moi je m'en allais, et eux rentraient au chaud. Marie-Claire s'est retournée une dernière fois pour me dire merci du regard, ce même regard, triste et franc.
Auteur : Nico 15 janvier 2005

1970, une usine à avortements à Saint-Benoît

Alors que l’on célèbre le trentième anniversaire de la “loi du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de la grossesse”, Huguette Bello fustige la politique d’“avortement et de stérilisation forcées pratiquées sur des milliers de femmes réunionnaises” à la clinique de Saint-Benoît quelques années avant la promulgation de ce texte. “Tout commence par une affaire de conscience”, raconte la présidente de l’UFR. Ainsi, “en mars 1970, un médecin de Trois-Bassins, le docteur Serveaux porte plainte pour des actes illégaux dont il a connaissance et qui s’accomplissent à la clinique de Saint-Benoît”. Le médecin dénonce auprès du procureur de la République la pratique dans cet établissement sanitaire d’agissements illégaux de nature chirurgicale qui ne seraient rien de moins que des avortements à la chaîne. “Vrai ou faux ?”, se demande Huguette Bello. Toujours est-il que, deux mois plus tard, l’infirmier major de la clinique et le chirurgien en chef de l’époque font l’objet d’un mandat d’arrêt et son incarcérés. “Ces deux praticiens participent à une activité programmée d’avortements clandestins menée à grande échelle et qui dure depuis plusieurs années”, déplore Mme Bello. À l’époque, des femmes enceintes et en quête de conseil sur les moyens de contraception afin d’éviter une deuxième grossesse sont orientées par des médecins vers le planning familial. Cet organisme les oriente ensuite vers la clinique de Saint-Benoît. Et là, on leur découvre paraît-il une maladie nécessitant une opération bénigne mais obligeant à une intervention avec anesthésie générale. “On leur explique à leur réveil que malheureusement, en raison des complications, elles ont au cours de l’intervention perdu leur fœtus, poursuit Huguette Bello. En fait, enceintes de trois, cinq voire sept mois dans les cas extrêmes, elles ont purement et simplement été avortées contre leur volonté et en même temps stérilisées le plus souvent sans le savoir. On a pratiqué sur elles des ligatures des trompes”. LOI VEIL : LA FIN D’UN TABOU Depuis des années, l’établissement de l’Est se serait ainsi transformé en un “foyer actif d’avortement et de stérilisation forcées pratiquées sur des milliers de femmes réunionnaises”. Selon des estimations, le nombre de ces opérations s’était élevé (pour ce qu’on savait) à quelque 1 300 en 1968 et 1 500 l’année suivante. “Au trentième anniversaire de la loi Veil relative au droit à l’avortement, on n’a pas le droit d’occulter ce qui s’est passé ici, à La Réunion avant le texte, insiste encore la présidente de l’UFR. On a le devoir de dire que cette histoire n’a pas été révélée”. La “Clinique aux milliers d’avortements” comme on était venu à la nommer, était à l’époque sous le contrôle financier du docteur Paul Moreau. Homme politique très en vue (il était à la fois maire de Saint-Benoît, vice-président du conseil général et membre influent du comité départemental de l’Union pour la défense de la république - UDR), le Dr Moreau était aussi un homme de confiance de Michel Debré, ministre de l’Économie et des Finances en exercice. “Avortements à tour de bras dans notre île, ces méthodes avaient de toute évidence l’aval de Michel Debré”, fustige Huguette Bello. Celle-ci pointe du doigt “le cynisme des contradictions faisant que ce dernier, favorable à l’avortement sans conditions des femmes réunionnaises, allait, moins de trois ans plus tard, au cours d’un débat sur l’interruption volontaire de grossesse, s’élever contre l’autorisation légale qu’on voulait accorder aux femmes d’avorter si elles le souhaitaient” … Tout en apportant son éclairage sur cette page de l’histoire réunionnaise, la députée de l’Ouest entend rendre hommage à Simone Veil, à l’origine de la “loi n° 75-17 du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de la grossesse”. C’était il y a trente ans. “D’un seul coup, les femmes, elles aussi, accédaient au droit d’accomplir dans le plaisir et le bonheur l’acte sexuel sans prendre le risque d’hypothéquer à jamais leur existence par la venue d’un enfant non désiré, explique Mme Bello. Elles pouvaient désormais choisir comme elles voulaient le moment de concevoir, elles avaient la possibilité de décider de combien d’enfants elles souhaitaient être mère sans subir la contrainte des aléas du sort et de la fatalité”. Un tabou était levé… Source : Clicanoo

SCANDALE AU JAPON Tokyo a imposé l'avortement à des lépreux

Les autorités japonaises ont forcé des lépreux à avorter ou à commettre des infanticides à plus d'une centaine de reprises dans le but de les empêcher d'avoir des enfants, a révélé jeudi un rapport du ministère de la Santé. Des restes de 114 fœtus ou bébés ont été découverts dans six sanatoriums publics où étaient enfermés des lépreux par crainte – infondée - de contagion, a précisé cette enquête commandée par le ministère de la Santé. Les autorités nippones ont mis fin à leur politique d'isolement forcé des lépreux en 1996, après 89 ans de pratique. Le Parlement a présenté des excuses officielles en 2001 et versé des dommages-intérêts de 14 millions de yens (167,772 $ canadiens) à chaque lépreux victime de discrimination pour préjudice moral. Les restes de foetus et de bébés retrouvés remontent à la période 1924-1956, ce qui pourrait signifier qu'il y a eu bien plus de cas, avant et après, soulignent les conclusions du rapport soumis au ministère. L'enquête a retrouvé un grand nombre de témoins des avortements et infanticides, ce qui «fait inévitablement penser que des actes qualifiés de meurtre par le code pénal ont été perpétrés». Malgré la fin de la politique d'exclusion, près de 5000 lépreux âgés se sont résolus à rester dans les sanatoriums, n'ayant pas d'autres endroits où aller. Ils vivent actuellement dans treize pensions appartenant à l'État, où ils ont passé en moyenne 40 ans. L'enquête, qui a été conduite par des experts, parmi lesquels des juristes n'appartenant pas au ministère de la Santé, exhorte le gouvernement à mener des investigations supplémentaires. Ce rapport a été divulgué à la veille de la 52e Journée mondiale des lépreux, prévue dimanche. Guérissable mais loin d'être éradiquée, la lèpre touche encore plus d'un demi-million de personnes chaque année dans le monde, dont beaucoup, diagnostiquées trop tard, souffriront de séquelles, soulignent les spécialistes.
Agence France-Presse Tokyo

Géniteur sous X

Hasard de calendrier ou coïncidence significative, au moment même où nous fêtons les 30 ans de la loi Veil, un projet de loi se propose d'allonger de deux à dix ans le délai dont un enfant dispose, après sa majorité, pour entamer une action en recherche de paternité. Cette action permet à une femme, durant les deux ans après la naissance de l'enfant, ou à ce dernier, à ses 18 ans, de forcer un homme à devenir père. Or il se trouve que cette procédure a été créée en 1912, à une époque où, pour des motifs natalistes et moralisants, on avait décidé de faire une croisade contre la contraception et l'avortement : obliger les hommes à assumer comme les femmes les conséquences d'une sexualité à qui on n'accordait aucune légitimité pour elle-même pouvait alors se comprendre. Mais aujourd'hui, une relation sexuelle féconde peut s'avérer sans conséquence pour les femmes, qui ont le droit non seulement d'avorter mais encore d'accoucher sous X. Les hommes en revanche, mariés ou non, ont de moins en moins de recours si leur partenaire décide de ne pas avorter : présomption de paternité et recherche de paternité les condamnent à vivre dans ce monde qu'on croyait révolu, où il est impossible en droit de séparer la sexualité et la procréation. Cette asymétrie entre les sexes en dit long sans doute sur les véritables conséquences de la «révolution des moeurs». Lorsqu'on cherche à comprendre pourquoi les hommes sont traités de cette manière, on nous dit qu'ils n'avaient qu'à «faire attention», c'est-à-dire utiliser un préservatif. Cet argument rappelle pourtant désagréablement celui qu'on employait au début des années 70 précisément pour s'opposer au droit des femmes à avorter, au prétexte qu'on leur avait déjà accordé la pilule... On pourrait objecter que ce n'est point contre les hommes mais au nom de l'intérêt de l'enfant que se justifient les paternités forcées. Mais cet argument va lui aussi à l'encontre de la philosophie de notre modernité familiale. La contraception et l'avortement ont été autorisés au nom du droit à une parentalité volontaire, précisément parce que celle-ci semblait coïncider avec l'intérêt de l'enfant. On pense que le mieux pour un enfant est d'être désiré, qu'il aura plus de chances d'avoir une relation épanouissante avec ses parents dans de telles conditions... Mais, demandera-t-on peut-être, cela signifie-t-il qu'un homme pourrait contraindre une femme à avorter ? N'est-ce pas là d'une brutalité terrible ? Ne bute-t-on pas en somme sur une de ces contraintes héritées de notre condition de mammifères, à savoir que ce sont les femmes qui portent les enfants dans leur corps ? Pourtant, pour ne pas faire d'un homme le père d'un enfant, point n'est besoin d'en passer par de telles extrémités : il suffirait de créer une procédure analogue à celle de l'accouchement sous X, qui lui permettrait de s'opposer à une action en recherche de paternité, voire de suspendre la présomption de paternité s'il est marié avec la mère. Au moment où un homme prend connaissance d'une grossesse dont il ne souhaite pas assumer les conséquences, il devrait pouvoir faire appel à cette procédure qui le protégerait d'un recours, aussi bien de la femme que de l'enfant. Il deviendrait ainsi «géniteur sous X», laissant à la femme la responsabilité de mettre au monde l'enfant qu'elle aurait pu effectivement avorter. Il est vrai qu'on n'a pas ainsi résolu tous les dilemmes que pose ce genre de situations. Pourquoi un homme, indépendamment de la question de la paternité légale, n'aurait-il pas le droit d'empêcher une femme d'utiliser son sperme pour faire naître ? Après tout, les donneurs de sperme doivent consentir à l'usage procréatif de leur semence. Ceux qui la transmettent par voie sexuelle ne sont-ils pas fondés à penser qu'une femme se l'approprie d'une manière illégitime lorsqu'elle l'utilise pour faire naître un enfant alors qu'ils ne voulaient pas la lui transmettre dans un but reproductif ? Dans ces conditions, le géniteur ne serait-il pas en droit d'exiger qu'elle avorte ? Pourtant, dans un monde où l'engendrement sous X serait autorisé, on pourrait trouver qu'une telle contrainte exercée sur le corps des femmes est disproportionnée par rapport aux raisons invoquées. Si le sperme a de nos jours une telle importance pour les hommes, c'est aussi parce qu'il s'agit de ce liquide terrible qui peut les contraindre à devenir pères. Sans cela, les aléas du sperme et des gènes seraient sans doute moins investis par l'imagination. Assurément, cette solution ne conviendrait pas à tout le monde, mais elle semblerait moins barbare que de contraindre une femme à avorter. Un homme qui entretient un rapport sexuel fécondant risquerait ainsi non pas de devenir père comme aujourd'hui, mais donneur de sperme. Une relation sexuelle serait un acte par lequel une femme serait autorisée à s'emparer d'une manière légitime du sperme de son compagnon afin de faire naître un enfant. Les hommes courraient donc un risque, mais, somme toute, bien moindre que celui qui les menace dans la situation actuelle. Il est vrai que, pour que ce dilemme ne fasse que se poser, il faudra attendre les barricades d'une nouvelle révolution des moeurs.
Par Marcela Iacub Libération, 25 janvier 2005

100 000 manifestants "pro-vie" devant la Maison-Blanche

Pendant qu'un peu partout on libéralise l'avortement, les Etats-Unis, eux, font marche-arrière. L'Amérique chrétienne, galvanisée par la nouvelle victoire de George Bush, est descendue ce lundi dans les rues de Washington et dans un froid glacial à l'occasion d'une "marche pour la vie". Un défilé qui a lieu chaque année à la date-anniversaire de l'autorisation de l'IVG par la cour suprême en 1973, et qui a rassemblé 100 000 personnes. "Parce que la vie est sacrée et que la vie provient de Dieu, c'est un cadeau de Dieu, nous sommes ici pour dénoncer la violence faite aux bébés" explique une militante anti-IVG. "Nous prions vraiment pour le président Bush, nous pensons qu'il a une position très marquée pour les pro-life, et nous voulons qu'il ait une position encore plus forte et qu'il sauve la vie de tous ces bébés" témoigne un autre manifestant. Le président n'était pas à la Maison Blanche au moment de la marche, mais il a adressé aux manifestants un message téléphonique retransmis par haut-parleur, message de soutien "à la culture de la vie" a-t-il dit. George Bush a rappelé les mesures restreignant l'avortement, adoptées pendant son dernier mandat. Des restrictions vécues comme une grande victoire par les plus conservateurs, mais aujourd'hui ces derniers voudraient que le président américain aille encore plus loin.
Euronews, Mardi 25 janvier

200.000 enfants morts...

Lorsque la nouvelle est tombée, chacun de ceux qui l’ont entendue ne pouvaient que ressentir un frisson d’effroi les envahir, une grande tristesse monter en eux, la révolte, peut-être, l’incompréhension sans doute et surtout l’impuissance devant un drame d’une telle ampleur. Pour que les média en parlent, il fallait d’ailleurs que l’événement soit de taille. J’aurais sans doute du commencer par dire que je ne parlais pas du terrible drame de l’Asie qui nous a tous bouleversés, mais du nombre d’avortements pratiqués en France chaque année ! Ces tristes records nous ont été rappelés à l’occasion du trentième anniversaire de la loi Veil que certains se sont crus obligé de « fêter » ces jours-ci. Et je me pose des questions ! Bien sûr qu’il est normal que l’émotion soit grande en entendant et en voyant l’ampleur du sinistre asiatique : comment pourrait-il en être autrement quand on a autre chose qu’une pierre à la place du cœur. Mais alors pourquoi si peu de nos concitoyens s’émeuvent-ils devant le nombre d’avortements pratiqués en France chaque année qui est pourtant bien plus important ? Je suis bien persuadé que chaque français, selon ses moyens, a participé à l’appel à la générosité pour venir en aide à toutes ces populations sinistrées et je m’en réjouis, et il faut encore continuer si cela est possible. Mais combien d’entre nous apportent-ils leur obole aux associations qui luttent contre l’avortement en aidant les mères démunies de tout qui choisissent pourtant de garder l’enfant qu’elles portent en elles ? La télévision a organisé une si belle et si émouvante soirée au profit des sinistrés d’Asie et encore une fois tant mieux si les fonds recueillis ont été importants. Mais l’a-t-on déjà vu mettre en place ne serait-ce que quelques minutes de publicité pour telle ou telle association qui lutte pour la Vie ? Et quand les bénéfices d’un grand jeu télévisé, qui réunit les plus grandes vedettes du moment, se chiffrent en centaines de milliers d’euros tout le monde applaudit cette attention généreuse et moi avec ! Mais une fois ou l’autre, ne pourrait-on organiser un jeu semblable au bénéfice de cette association que je connais bien et qui dois réunir tant d’argent pour construire des maisons d’accueils pour les mamans seules et leurs bébés ? Y aurait-il dans notre pays de liberté, pays des droits de l’homme, pays d’accueil et de tolérance, plusieurs vitesses à la justice et à la générosité ? Y aurait-il dans notre pays, pays de la liberté de la presse, une chape de plomb sur certains sujets jugés tabous par de politiques gênés ? Et plus encore dans un pays qui se targue d’avoir un taux de fécondité à 1,8 alors qu’il faudrait au moins 2,1 pour seulement renouveler les générations ! Il n’y a pas de quoi pavoiser ! En fait la solution est simple et entre dans le système d’une logique qui n’est pas celle de Confucius ou de Pythagore ! Les victimes de l’Asie qui ont maintenant dépassé les 200.000, comme nos enfants avortés d’ailleurs, ne tombent sous l’effet d’aucune loi. Ce grand malheur qui a surpris tant de personnes est une triste fatalité qui émeut à juste titre, toute personne qui a regardé la télévision ou les journaux. Alors que ces enfants avortés qui eux non plus ne demandaient rien à personne, tombent sous le coup de la loi et que leur mort est LEGALE ! Et il parait que l’ensemble des lois est régi par une puissante organisation étatisée qui s’appelle la justice !
Le 24 janvier 2005 par Bernard Furania

L'Amérique chrétienne défile à Washington contre l'avortement

«L'avortement fait taire un coeur qui bat», dénonce l'une des pancartes brandies par les milliers de manifestants «pro-vie» qui ont investi les rues de Washington lundi, une semaine après l'investiture officielle du président George W. Bush. Bien emmitouflés contre un froid mordant, quelque 100 000 manifestants selon les organisateurs ont défilé dans le calme depuis la Maison-Blanche, où le président leur a adressé un message téléphonique de soutien par haut-parleur, aux marches de la Cour Suprême. Les responsables de «March for Life» organisent tous les ans ce défilé pour dénoncer l'anniversaire de l'autorisation de l'IVG par la Cour Suprême en 1973. Les neuf juges de la plus haute cour du pays sont très divisés sur la question et la maladie de son président Willam Rehnquist, atteint d'un cancer de la thyroïde, pourrait provoquer son remplacement prochain et changer l'équilibre actuel de la cour, redoutent les militants des deux camps. Hors quelques pancartes sanguinolentes censées montrer des foetus avortés, affichées au début du parcours, le message des manifestants se veut modéré. «Tous les enfants sont désirés», clame Tim Russo, 41 ans, militant de la première heure qui a coincé sa pancarte sur son sac à dos, pour garder ses mains au chaud. «Ce n'est pas de la provocation», assure cet économiste qui défile pour la douzième fois, dont sept consécutives. «C'est une façon de dire, si vous n'en voulez pas, il y a des gens qui en veulent. Je m'engage à adopter l'enfant de toute femme qui renoncerait à avorter», assure à l'AFP ce catholique, marié sans enfant. Il se souvient que sa mère, déjà, avait posé un autocollant sur le pare-chocs de la Chevrolet familiale pour dénoncer l'autorisation de l'avortement dans les années 1970. Kristina McCordy, étudiante en journalisme de 21 ans, cheveux roses et écharpe assortie, a été affolée par la banalité de l'avortement à l'université. «Les gens doivent se responsabiliser, l'avortement c'est dégoûtant, c'est clairement du meurtre», dit-elle en secouant la tête. Jane LaMear, 20 ans, venue de St-Louis avec 7 autres bus de paroisses et d'écoles chrétiennes, porte une petite pancarte avec un coeur, qui dit «Merci maman». «J'ai reçu la bénédiction de la vie», dit-elle d'un simple sourire, sous son bonnet blanc, un petit piercing dans le nez. Tous ces avortements, «ça me fait mal». Pat Wingert, 49 ans, venue de Pennsylvanie, est ravie du soutien de M. Bush aux militants. «J'adore notre président, j'ai voté pour lui à deux reprises», dit-elle une étincelle dans les yeux, en portant à bout de bras une pancarte où elle avoue «regretter (ses trois) avortements». Heureusement, confie-t-elle à l'AFP, comme le président quand il évoque son alcoolisme, elle a trouvé «la guérison en Jésus Christ».
Gersende Rambourg Agence France-Presse Washington

Bush soutient les manifestants anti-avortement

Le président des États-Unis, George W. Bush, a apporté lundi son soutien aux manifestants anti-avortement réunis à Washington pour l'anniversaire de la loi autorisant les interruptions volontaires de grossesse, mais s'est limité à un message téléphonique sans les rencontrer. «J'ai oeuvré avec les membres du Congrès pour faire voter des lois bonnes et solides qui protègent ceux qui sont vulnérables en développant une culture de la vie», a souligné M. Bush dans son message téléphonique aux manifestants. «J'ai signé une loi interdisant l'avortement tardif. Les enfants qui naissent en dépit d'une tentative d'avortement sont désormais protégés par la loi tout comme les infirmières et les docteurs qui refusent de participer à un avortement. Les procureurs peuvent également inculper ceux qui blessent ou tuent une femme enceinte et blessent ou tuent également son enfant à naître», a rappelé le président américain, évoquant les principales lois adoptées depuis son arrivée au pouvoir il y a quatre ans. M. Bush délivre traditionnellement un message téléphonique aux manifestants anti-avortement qui se réunissent depuis plus de 30 ans à Washington pour protester contre le jugement de la Cour suprême en 1973 autorisant l'avortement aux États-Unis. Il ne participe toutefois pas en personne à la manifestation. Lundi, il se trouve dans la résidence de campagne de la présidence américaine à Camp David (Maryland) à une centaine de kilomètres de Washington et ne devrait regagner la capitale fédérale qu'en fin d'après-midi. «Nous faisons des progrès», a affirmé M. Bush dans son message. «Ces progrès reconnaissent votre persévérance et les prières. Je veux vous remercier tout particulièrement pour la façon très civile dont vous vous êtes engagés dans l'un des débats les plus tendus actuellement en cours aux États-Unis», a-t-il ajouté. «Une véritable culture de la vie ne peut se développer seulement en changeant les lois. Nous devons avant tout changer les coeurs. Et c'est ce que nous faisons, en recherchant le plus possible les terrains d'entente et en persuadant un nombre de plus en plus important de nos concitoyens de la justesse de notre cause», a dit M. Bush.
Le lundi 24 janvier 2005 Agence France-Presse, Washington

30ème anniversaire de la loi IVG Pour une vraie politique de prévention de l'IVG : l'aide aux femmes enceintes en difficulté

Christine Boutin, député des Yvelines et Présidente du FORUM des républicains sociaux dépose devant l'Assemblée nationale une proposition de loi tendant à favoriser l'aide aux femmes enceintes en difficulté. L'IVG est trop souvent considéré comme la seule issue envisageable à des difficultés économiques, matérielles et affectives. Pour offrir aux femmes la liberté du choix de la vie, la société doit offrir l'assurance d'une aide et des alternatives à l'avortement. Trente ans après la promulgation de la loi de 1975, à la femme enceinte en détresse, la société ne propose que la possibilité d'avorter. Sa décision est liée à la précarité de ses conditions de vie, à ses liens affectifs, à l'absence des moyens d'accueillir son enfant. Devant ce constat de la double pression psychologique et économique qui conduit une femme à l'avortement, des solutions alternatives doivent être créées et la responsabilité en revient au législateur. Christine Boutin prend l'initiative de déposer aujourd'hui la proposition de loi " tendant à favoriser l'aide aux femmes enceintes en difficulté ". La proposition de loi met en lumière les moyens de permettre aux femmes de mener leur grossesse à terme. Elle renforce et crée les moyens concrets de l'alternative à l'avortement. Elle érige le principe qu'aucune femme ne doit être conduite à avorter pour des raisons économiques. Toute femme enceinte, qui envisage l'IVG doit recevoir une information complète sur l'IVG et ses conséquences ainsi que toutes les solutions proposées : les structures d'accueil et d'hébergement d'urgence, le soutien psychologique et le service de consultation pour le suivi post-abortif, les aides éducatives à l'accueil de l'enfant. La proposition de loi demande également la création d'un observatoire public consacré à la " prévention de l'IVG et accueil de la vie ". La détresse situe la réalité de l'avortement hors des débats d'idées que trente ans ont fini par user. Le nombre des 206 000 Interruptions volontaires de grossesse chaque année ne voit pas d'espoir de réduction dans une meilleure politique de contraception mais dans l'amélioration des conditions d'accueil de l'enfant. L'avortement, toujours vécu comme un drame, trouve des alternatives dans une politique globale de la famille et de lutte contre la pauvreté et l'isolement. Christine Boutin demande que la Conférence de la famille, dans son groupe de travail sur les enjeux démographiques et l'accompagnement du désir d'enfant des familles propose des mesures concrètes pour adapter les aides existantes aux besoins des mères en détresse et puissent faciliter l'accueil de l'enfant. Des enjeux qui s'inscrivent dans le cadre de la Commission spéciale " famille, vulnérabilité, pauvreté " installée par le Ministre de la Santé en décembre dernier. A l'Assemblée nationale, Christine Boutin veillera à ce que la Mission d'information sur la famille travaille également dans le sens de l'aide aux femmes enceintes en difficulté.

France : La « Life Parade » des « survivants » de l’avortement

Plusieurs mouvements, des mouvements traditionnels aux différentes coordinations étudiantes, se regroupent derrière le slogan "Trente ans, ça suffit", dimanche 23 janvier, pour manifester contre la loi sur l'interruption volontaire de grossesse, rapporte « Généthique », la revue de presse de la Fondation Jérôme Lejeune (www.genethique.org). Thomas, étudiant nantais, témoigne : "la loi de 1975 nous met mal à l'aise car elle ne propose pas d'alternative à l'avortement". Racontant comment certaines de ses amies ont été contraintes à avorter, il se rappelle "sur le coup elles étaient soulagées d'avorter, mais après elles regrettaient. J'en ai vu s'effondrer en larmes". Emile, 24 ans, a été sensibilisé par des jeunes nés après la loi Veil et ayant "le complexe du survivant" de ceux qui souffrent d'avoir eu un frère ou une soeur avorté. Au sein de l'association Life Parade, il se bat "pour protéger l'être humain" et interpelle le gouvernement qui "ne fait rien pour faire baisser le nombre d'IVG alors que l'on connaît les raisons à l'origine, qui sont la précarité et les pressions de l'entourage". Le magazine Famille Chrétienne recense à cette occasion les structures d'accueil existantes pour accueillir les femmes enceintes en grande difficulté. Il présente notamment le travail quotidien de la maison Tom Pouce, reconnue par les services sociaux, des maisons d'accueil Magnificat et Bethléem. Vendredi 21 janvier 2005 (ZENIT.org)

Dernières Nouvelles d'Alsace

Paris.- Plusieurs milliers de personnes - 3.400 selon la police, 15.000 selon les organisateurs - ont manifesté hier à Paris « pour le droit à la vie » et contre l'avortement, à l'occasion de la commémoration des 30 ans de la loi Veil autorisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Lancée à l'initiative du Collectif « 30 ans ça suffit » regroupant plusieurs associations, la manifestation a notamment été suivie par de nombreuses familles avec leurs jeunes enfants. Des banderoles en lettres géantes proclamaient «Tout individu à droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de la personne». « Nous voulons un statut pour l'embryon, des crédits pour une politique familiale et pour les femmes en détresse, revaloriser la grossesse et briser le silence » qui entoure l'IVG, a indiqué Cécile Edel, secrétaire générale de l'association Aocpa Choisir la vie. Certains participants portaient des drapeaux frappés de fleurs de lys et d'un coeur rouge, symboles « de la monarchie et du Sacré coeur », selon l'un d'eux.

Manifestation nationale à Paris contre l'avortement

Plusieurs milliers de personnes -3.400 selon la police, 15.000 selon un dernier bilan des organisateurs- ont manifesté dimanche à Paris "pour le droit à la vie" et contre l'avortement, à l'occasion de la commémoration des 30 ans de la loi Veil autorisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG), a constaté une journaliste de l'AFP. Cette manifestation, à l'initiative du Collectif "30 ans ça suffit" regroupant plusieurs associations, a réuni dimanche après-midi à Paris sur la place de l'Opéra (2e arrondissement) "au moins 5.000 personnes", a indiqué à l'AFP Cécile Edel, secrétaire générale de l'association Aocpa Choisir la vie. Une estimation que le Collectif "30 ans, ça suffit" a revu à la hausse dimanche soir dans un communiqué, évaluant à "près de 15.000 personnes", le nombre des manifestants. La police a fait état pour sa part de 3.400 manifestants. La manifestation, soutenue par les associations Acpervie-Sos Maternité, Aocpa Choisir la vie, CSEN (Comité pour sauver l'enfant à naître), Laissez les vivre SOS futures mères, Renaissance catholique, Rivage, SOS Tout-petits et La Trève de Dieu, devait rejoindre ensuite la place Saint-Pierre, au pied de la basilique Montmartre. Des manifestants parmi lesquels de nombreuses familles avec leurs jeunes enfants dans des poussettes, avaient pris place sur les marches de l'Opéra, porteurs de banderoles en lettres géantes proclamant "Tout individu à droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de la personne". Les manifestants portaient des affiches indiquant: "Oui pour la vie, 30 ans ça suffit" et "L'avenir d'un peuple: ses enfants" ou encore "Nous avons la paix, défendons la vie". "Nous voulons un statut pour l'embryon, des crédits pour une politique familiale et pour les femmes en détresse, revaloriser la grossesse et briser le silence" qui entoure l'IVG, a indiqué à l'AFP Mme Edel. Vers 16H00, le cortège des manifestants, émaillé de ballons multicolores, s'est ébranlé en direction de Montmartre. L'association "Notre-Dame des Tout petits" fermait la marche, certains participants portant des drapeaux frappés de fleurs de lys et d'un coeur rouge, symboles "de la monarchie et du Sacré coeur", selon l'un d'eux. PARIS, 23 jan 2005 (AFP)

Les anti-IVG ne désarment pas

C’est au cri de « Trente ans, ça suffit ! » que les antiavortements entendent marquer cet anniversaire. En recul après les « opérations de sauvetage » des années quatre-vingt-dix, ils opèrent un retour en force. Les militants anti-IVG, les « pro-vie » comme ils aiment à s’appeler, organisent une manifestation pour fêter à leur manière l’anniversaire de la dépénalisation de l’avortement, samedi prochain. Ils la préparent depuis plus d’un an. Des rassemblements en province sont prévus le 17 janvier, un livre blanc est en préparation. Et un collectif, Trente ans : ça suffit !, a été créé pour l’occasion. L’objectif ? Faire le bilan, évidemment négatif, des trente années écoulées depuis le vote de la loi Veil. Rappeler que l’avortement n’est « ni un droit ni une fatalité ». Et remobiliser : « On veut secouer l’opinion, trouver de nouveaux adhérents. Un anniversaire, ça accroche ! » avertit Paul Ginoux Defermon, vice-président de Choisir la vie. La nouvelle structure du collectif a déjà permis de recruter de nouveaux militants. Des jeunes particulièrement mobilisés contre le droit acquis de haute lutte par les femmes. « On veut toucher notre génération, changer le discours, explique Raphaël Pomroy, vingt-cinq ans. Il faut sortir du débat idéologique, législatif, se rapprocher de la société. L’important, c’est la façon dont on aborde la question. Si on arrive avec des pancartes, en criant, le message ne passera pas. » Les rassemblements de janvier ne devraient être que le début d’une mobilisation s’étalant sur toute l’année. Le collectif jeunes, par exemple, envisage de tenir ce qu’ils appellent des « happenings » étudiants. « On réunit une cinquantaine de jeunes, à un moment et dans un lieu symboliques. Comme en 1998, contre le pacs. On organise un pique-nique, un concert. Pas une manifestation « dure ». Mais toujours avec un esprit de revendication », insiste Raphaël Pomroy. Une version revue et corrigée des manifestations des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, de Xavier Dor et ses tristement célèbres « commandos de sauvetage ». À l’époque, les militants « pro-vie » s’enchaînaient au matériel médical dans les salles d’opération, quitte à le briser, et allaient débusquer les femmes jusque dans les salles d’attente. Poussés dehors par la pression militante et juridique, ils organisaient alors des prières publiques devant les centres IVG. Aujourd’hui, ils optent pour un lobbying plus discret, mais non moins efficace. Au Parlement européen, ils se sont alliés avec plusieurs députés très actifs contre le droit à l’IVG, comme Anna Zaborska, récemment élue présidente de la commission des Droits de la femme, et connue pour ses positions conservatrices et homophobes. En octobre dernier, un amendement allouant une enveloppe de 1,5 million d’euros au financement des Journées mondiales de la jeunesse 2005 a été voté dans la plus grande discrétion. Dans les conférences internationales sur la population initiées par l’ONU, ils exercent une pression par la voix des représentants américains. « C’est le retour de l’ordre moral à l’échelle planétaire. Ce mouvement s’en prend non seulement au droit à l’IVG mais aux droits des femmes en général », dénonce Maïté Albagly, au Mouvement français pour le Planning familial. En France, les anti-IVG regrettent de ne pas avoir encore suffisamment de relais politique. « Seuls quelques hommes et femmes font beaucoup, explique Paul Ginoux Defermon. Christine Boutin, Philippe de Villiers et le Mouvement pour la France. » Il cite aussi le couple Gaymard, membre de la fondation Lejeune. Même l’Église est accusée d’une trop grande passivité. Le « lobby pro-avortement » ? « Un complot maçonnique ! » Difficile, aujourd’hui, d’évaluer le nombre d’adhérents au mouvement. La marche organisée par Renaissance catholique rassemble chaque année près de 2 000 sympathisants. La Confédération nationale des associations familiales catholiques compte entre 50 000 et 60 000 familles. Union pour la vie regroupe dix-huit associations, dont Choisir la vie, et 15 000 adhérents. « Mais tous ne sont pas très actifs », reconnaît son vice-président. Malgré quelques mois en prison et de multiples amendes, Xavier Dor n’a pas modéré ses propos. « L’avortement est pire que les camps de concentration. Au moins, on pouvait s’échapper du train. Le Planning est le mouvement qui a le plus tué dans le monde ! » Et aucun doute pour les « pro-vie » : l’opinion ne demande qu’à les suivre. « Une génération a considéré l’avortement comme un droit. Aujourd’hui, il n’y a plus de revendication, puisque l’avortement est autorisé. Mais ça pose toujours problème : pour les gens, avorter ce n’est pas bien. Ce n’est pas quelque chose de normal. » Selon Paul Ginoux Defermon, ils étaient 25 000 à défiler lors du 20e anniversaire de la loi Veil. Combien pour le trentième ? Perrine Mouterde et Bérangère Lepetit. L'Humanité

Dérapage ministériel sur l’IVG

Faites l’expérience. Rendez-vous sur le site du ministère de la Santé (www.sante.gouv). Puis, dans la rubrique « Renseignements pratiques », sorte d’annuaire des associations de santé. Tapez le mot-clé : « avortement ». Et là, tel le pire des cauchemars, vous verrez apparaître une liste des principales associations d’opposition à l’IVG : Pêle-mêle, l’Association des groupes d’accompagnement des personnes blessées par l’avortement (AGAPA), Laissez-les-vivre, SOS Bébé, SOS Futures mères, SOS Grossesse... Inutile de dire qu’à la veille des trente ans de la loi Veil, cet annuaire, préfacé par le ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy, a de quoi faire bondir. Où sont les adresses des centres de planification familiale, les plates-formes téléphoniques d’information sur l’IVG ? « Nous n’osons croire, Monsieur le ministre, que la publicité que vous faites aux opposants à l’avortement est intentionnelle, au moment même où l’anniversaire de la loi Veil entraîne une augmentation des consultations des sites traitant de cette question », vient d’écrire dans une lettre ouverte, Françoise Laurant, la présidente du Mouvement français pour le planning familial. Intentionnelle ou pas, le mal est fait. Maud Dugrand. l'Humanité.

Nouveau référendum sur l'avortement si les socialistes gagnent les élections

LISBONNE - Le Parti socialiste portugais (PS, opposition), en tête dans les sondages, organisera un nouveau référendum sur la libéralisation de l'avortement s'il remporte les élections législatives anticipées. "Je pense que l'opinion publique est suffisamment mûre pour ne pas pénaliser les femmes qui recourent à un avortement dans les dix premières semaines de grossesse", a déclaré le secrétaire général du PS José Socrates, futur Premier ministre si son parti gagne les élections. "Je suis favorable à une législation dépénalisant" l'avortement dans ces conditions, a-t-il ajouté, lors d'une rencontre jeudi soir avec la presse étrangère, alors que l'avortement reste sévèrement puni en dehors de quelques cas de figure au Portugal. "Nous devons organiser un référendum", a indiqué M. Socrates, qui a toutefois souligné qu'il n'était pas en mesure d'indiquer dans quel délai. Il a relevé que le Portugal devait organiser deux consultations populaires, l'une pour approuver la constitution européenne et l'autre sur l'assouplissement de la législation sur l'avortement, alors que le calendrier électoral est déjà chargé. Après les législatives anticipées du 20 février prochain auront lieu à l'automne des élections municipales, avant l'élection présidentielle début En 1998 les Portugais avaient rejeté de justesse un projet de libéralisation de l'avortement lors d'une consultation marquée par une très faible participation. Selon de récents sondages, les Portugais sont majoritairement favorables à un assouplissment de la législation. L'interruption volontaire de grossesse n'est autorisée au Portugal qu'en cas de danger pour la vie de la mère, ou, dans certains délais, de risques pour sa santé physique ou psychique, de malformation congénitale du foetus ou de violences sexuelles. Les femmes qui avortent dans la clandestinité sont passibles de peines de prison pouvant aller jusqu'à trois ans. Toutefois, des femmes poursuivies ont été acquittées faute de preuves lors des derniers procès. Le nombre d'avortement clandestins est estimé entre 20.000 et 40.000 chaque année. Des milliers de Portugaises traversent la frontière tous les ans pour aller pratiquer une interruption volontaire de grossesse dans des cliniques espagnoles qui font de la publicité à peine déguisée dans la presse portugaise. Le débat sur l'IVG au Portugal a ressurgi avec force fin août lorsqu'un bateau affrété par une organisation néerlandaise Women on Waves, militant pour la libéralisation de l'avortement, avait tenté de pénétrer dans les eaux territoriales portugaises. Il en avait été dissuadé par le gouvernement de centre droit portugais qui avait dépêché deux bâtiments de la marine pour l'empêcher d'accoster dans un port portugais. (©AFP / 14 janvier 2005 16h19)

L'Église et l'avortement

Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Tours, membre du Conseil pontifical pour la famille et président de la Commission épiscopale de la famille, invite "à briser le silence" sur l'avortement. Sur la loi de 1975, il constate que la loi Veil incluait un processus de révision régulier mais que depuis une telle réflexion est devenue taboue : "il est devenu interdit de se poser des questions sur ce sujet". Mgr Vingt-Trois constate qu'en 1975 l'avortement était présenté comme une mesure en aide aux situations de "détresse extrême". Devant le nombre aussi important d'avortements aujourd'hui, il regrette "qu'une société développée comme la nôtre n'ait pas pu réduire sensiblement le nombre des cas de détresse, cela pose des questions sur sa performance..." L'avortement est devenu "un palliatif des échecs de la contraception". Mgr Vingt-Trois rappelle qu'il y a 30 ans déjà, l'Église avait montré la continuité culturelle entre la contraception et l'avortement : "une mentalité contraceptive insinue l'idée qu'il est impossible d'accepter une grossesse non voulue". Mgr Vingt-Trois en explique les conséquences sociales : - les discussions sur l'avortement restent taboues - les différents syndromes liés à l'avortement font souffrir beaucoup de personnes et commencent tout juste à être reconnus : syndrome post-abortif chez les femmes ayant subi un avortement, syndrome du survivant chez certains jeunes : "en vertu de quelle roulette russe inimaginable suis-je venu au monde ?". - la vie humaine est dévalorisée. La question du statut de l'embryon est toujours évitée afin de ne pas remettre en cause la légitimité de l'avortement. Pour Mgr Vingt-Trois, l'Eglise doit "continuer à dire inlassablement que l'avortement est un mal radical qui s'attaque à un être humain et, à travers lui, à l'humanité toute entière". Il invite les chrétiens à s'engager dans le débat et en particulier les politiques à ne pas distinguer l'éthique de responsabilité de l'éthique de conviction. Un investissement de chacun doit être mené auprès des femmes en détresse en promouvant les associations qui proposent d'autres solutions que l'avortement. "Il ne suffit pas de dire qu'il faut garder les enfants ; il faut aussi trouver des moyens pour aider à les garder". A la suite de l'interview de Mgr Vingt-Trois, Paris Notre Dame présente des associations venant en aide aux femmes enceintes en difficulté ou ayant subi un avortement (Nids de Paris, Agapa). Le dossier est illustré par plusieurs témoignages. 5 janvier 2005 www.genethique.org

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