«Personnellement,
j’ai subi un avortement à
l’âge de 24 ans et l’exorciser
n’est pas une chose aisée. En
réalité, je désirais garder cet
enfant, je pense que toutes les futures mères le ressentent
ainsi. Mais le contexte social et affectif de
l’époque faisait que je me sentais totalement
dépassée.
Quoiqu’il en soit
je me rendit au rendez-vous, il était noté 17
heures dernier délais. Jusqu’au dernier moment
j’hésitais tant et si bien que
j’arrivai avec 30 minutes de retard. J’ai dû
passer la nuit à l’hôpital, je crois.
Pour tout vous dire, je ne me souviens plus à quel moment
s’est déroulé
l’opération.
Tout ce dont je me
souviens, c’est que lorsque l’on m’a
endormie, je commençais à pleurer. Et lorsque je
me suis réveillé, j’ai
éclaté en sanglot. J’ai vaguement
entendu le personnel médical dire « elle
n’accepte pas ». Comment pouvait-il en
être autrement ?
Je sentais que j’avais
perdu l’être vivant qui était en moi,
quelques heures auparavant. C’était atroce comme
sentiment.
Pendant de nombreuses années,
j'ai fui toutes les images de fœtus, car je
refusais de regarder en face l’être que
j’avais tué. Pourtant, je me faisais une raison.
L’avenir était devant moi et le plus important
était de me sentir en harmonie avec moi-même, pour
pouvoir communiquer des choses positives au monde. J’ai
encore du mal à ne pas culpabiliser.
A
27 ans, je devins de nouveau enceinte, ce n’était
pas une grossesse souhaitée. Mais quoi qu’il en
soit, je désirais le garder. Puis, quand mon petit
garçon eut 10 mois, je devins à nouveau enceinte
par accident. J’étais
désemparé. Je songeais de nouveau à
l’avortement, comme si mon premier enfant né
avait cicatrisé cette ancienne blessure.
Mais avec
le soutien de mon concubin, nous décidâmes
d’assumer. C’était non sans mal car nous
logions à l’époque dans un studio de 20
m2 ! Et c’était déjà
très dur pour notre petit garçon. Un mois avant
l’accouchement, nous avons enfin
déménagé, et j’ai mis au
monde une petite fille adorable. Elle a 6 mois et tout va bien, sauf
que j’ai l’impression d’être
à nouveau enceinte. En effet, comme pour mon petit
garçon, je l’ai nourri en l’allaitant,
je prend donc une pilule assez légère dont il est
spécifié qu’elle doit être
prise expressément à la même heure et
sans oubli. Et depuis 2 semaines, je me sens bizarre, j’ai
l’impression d’avoir grossi un peu du ventre.
J’ai très peur. Car un nouvel enfant serait un
coup dur. C’est déjà très
dur d’élever des enfants d’âge
aussi rapproché. J’y met toute mon
énergie, et m’imaginer avec
l’arrivée d’un prochain…
sincèrement, je ne pense pas avoir les épaules.
Mon témoignage est un peu décousu, mais
c’est la première fois que
j’écris sur ce sujet, et il y a tellement
à dire... »
Carine